Un séminaire doit-il nécessairement être participatif ?

Dans quelle mesure est-il nécessaire que les participants interagissent ? En général les commanditaires demandent un séminaire « participatif », comme si c’était une évidence, mais la question mérite d’être posée, encore une fois, au regard de l’objectif !

Will Schutz, dans l’élément humain, relie le sentiment d’importance que ressent un individu au « volume » d’interactions dont il bénéficie avec les autres : ainsi dans un séminaire, si je suis mis en situation de multiples contacts, je vais me sentir important, « dedans » plutôt que « dehors ». Je suis là, j’existe car on me sollicite. A contrario si je suis le plus souvent passif, à écouter plutôt qu’à échanger, je serais volontiers en distance par rapport à ce qui se dit, éventuellement peu concerné, « dehors » plutôt que dedans. Le niveau d’inclusion dans un groupe désigne le sentiment d’importance vécu par ses participants, par le fait de se sentir inclut.

Stéphanie, Directrice Générale d’une structure de 200 personnes en forte croissance, ouvre le séminaire annuel qui réunit toute l’entreprise en demandant à ceux qui sont arrivés depuis un an de se lever. 30 personnes – pour qui c’est une surprise, car ils n’ont pas été prévenus – se retrouvent debout, pendant plusieurs dizaines de secondes, et sont applaudis spontanément par tous leurs collègues. Ils témoigneront plus tard de l’intensité de ce moment, et à quel point ils ont sentis à ce moment précis qu’ ils comptaient pour l’entreprise.

Dans cet exemple, l’interaction entre les participants, sans être verbale, est pour le moins très intense : tous les regards sont braqués sur les individus, ils sont ovationnés. On voit bien à quel point c’est le volume d’interactions (ici très concentré en quelques instants) qui va générer le sentiment d’être important, essentiel dans ce cas de figure  car il s’agit d’intégrer ces nouveaux arrivants à l’entreprise.

Jean est PDG d’une grande entreprise dans le secteur de l’énergie. Depuis l’estrade d’ un immense amphithéâtre, il débute la convention annuelle des 600 cadres par un speech d’une heure dans lequel il félicite son auditoire sur les efforts consacrés dans l’année, en soulignant à quel point il compte à l’avenir sur la participation et l’implication de chacun. A la pause café, les commentaires acerbes fusent : « langue de bois », « il nous passe de la pommade », « c’est chaque année le même discours ». Le reste de la journée est dans la même veine : de présentation en table ronde, les quelques questions posées par l’assistance semblent préparées à l’avance.

Cet exemple illustre une incohérence majeure entre le contenu du message (« vous êtes importants ») et la façon dont il est véhiculé (vous n’avez pas d’espace pour interagir). Rappelons une règle d’or dont il faut se souvenir :

Processus (le comment)  > contenu (le quoi ?)

Dans notre exemple les participants retiendront, au niveau du processus, qu’ils ne sont pas importants puisqu’on ne leur a pas demandé de participer !

Puisque Jean voulait valoriser les efforts de chacun, il aurait pu casser le cérémonial du speech en y mettant – oui c’est possible, même à 600 dans un amphi ! – du participatif :

« Je sais les efforts de chacun et nous aurons, demain, besoin de maintenir ce niveau d’implication. Pour bien sentir cela, j’aimerais que vous preniez 5 mn pour échanger avec votre voisin sur ces deux questions : ce dont je suis fier dans l’année écoulée, et mon plus grand défi pour l’année qui vient. C’est parti ! »

Le besoin de chacun de se sentir important est variable, mais ce qui nous intéresse dans les séminaires est plutôt de savoir dans quelle mesure l’objectif nécessite un niveau d’inclusion élevé. En étant conscient que certains objectifs  nécessitent surtout peu d’interactions.

Ainsi un haut niveau d’inclusion (et donc du participatif) est particulièrement nécessaire pour :

  • Développer le sentiment d’appartenance
  • Valoriser les participants
  • Stimuler la créativité
  • S’approprier un sujet

Et a contrario n’est pas nécessaire, voire contre-indiqué, pour :

  • Transmettre des directives
  • Rassurer face à des incertitudes

Une erreur colossale à éviter absolument : le faux participatif ! J’entends par là le fait de faire contribuer sur un sujet déjà défini, au prétexte que cela permettra l’adhésion. Au-delà du risque d’avoir des contributions contraires à la conclusion recherchée, on obtient surtout le résultat absolument inverse : non seulement il n’y a pas adhésion au contenu, mais il risque d’y avoir rejet car le processus est légitimement très mal vécu !

Je ne compte pour rien puisqu’on dispose de mon temps et de mon énergie à faire des choses qui ne servent à rien

Je doute que cette conclusion ait été l’effet recherché !

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